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Les retraités dans le collimateur

Le premier ministre, en fin tacticien, a trouvé la solution pour sortir provisoirement du piège de la motion de censure : réunir en conclave les formations syndicales afin qu’elles cherchent (et trouvent) une solution à la crise des retraites et au déficit abyssal qui se profile. Une bonne idée pour passer la patate chaude aux « forces vives » mais force est de constater que les conclaves ont plus de facilité à trouver un pape que des solutions faisant consensus !

Il faut dire qu’entre les démagogues qui font de la retraite à 60 ans leur cheval de bataille et ceux qui veulent un alignement sur les autres pays européens ayant déjà retardé fortement le départ en retraite et la durée des cotisations, un consensus semble impossible.

Et pourtant il faudra bien se mettre d’accord sur une ligne raisonnable sinon notre système par répartition s’effondrera avec la baisse continue des actifs et l’augmentation mécanique des pensionnés. Chacun va bien devoir y mettre du sien car le mur se rapproche dangereusement.

Nous entendons de plus en plus une petite musique qui laisse à penser que les retraités sont trop bien lotis, ont un niveau de vie parfois supérieur aux actifs et qu’il serait temps de « faire leurs poches » pour mieux équilibrer les caisses de retraite !

Des ballons d’essai sont lancés comme la dernière piste de la suppression des 10% insidieusement assimilés à des frais professionnels alors qu’il s’agissait d’une juste compensation de mesures dont seuls les actifs avaient bénéficié et qui n’a de fait rien à voir avec un abattement pour frais professionnels….On assimile par ignorance mais plus probablement par malhonnêteté intellectuelle l’abattement des 10% pour frais professionnels des actifs ( article 83 du CGI) avec l’abattement compensatoire de 10% des retraités ( article 158 (-a alinéas 2 et 3 du CGI) instauré depuis….1978 ! On ne fait pas nation quand on pointe du doigt les retraités en remontant les actifs avec de faux arguments.

Non, les retraités ne volent pas la société, ils ont travaillé souvent dur pour des retraites parfois bien maigres, ils participent comme chaque citoyen à l’économie du pays non seulement en payant leurs impôts directs ou indirects mais aussi en réinjectant une partie de leurs économies dans l’activité économique créatrice d’emplois et de richesses. La plupart aident financièrement leurs enfants et petits-enfants dans leur parcours professionnel ou dans leurs études. Ils s’engagent souvent dans des actions de bénévolat au sein d’associations assurant ainsi un lien social bien distendu de nos jours.

Quant à notre pouvoir d’achat, il n’a cessé de diminuer, les chiffres sont têtus et incontestables ; depuis 2017, l’écart entre l’évolution des prix et l’évolution de nos pensions n’a cessé de se creuser. Le coût de l’énergie, le coût des soins liés aux tarifs des mutuelles et aux déremboursements, le prix des assurances qui flambe d’année en année, le coût des denrées alimentaires, bref, le coût du quotidien érode chaque jour un peu plus notre pouvoir d’achat.

Alors oui à un effort collectif sans exclusive, oui a une réforme du modèle social actuel, oui le pays a joué les cigales mais n’en a plus les moyens, l’argent doit être mieux dépensé, mieux investi dans la production de richesses, seul moyen à une redistribution équitable. Non les retraités ne sont pas des nantis responsables de l’état des finances publiques, non les retraités ne doivent pas être les boucs émissaires.  

René Rabeyrolles

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