Le moins que l’on puisse dire est que notre métier ne fait plus rêver. Il faudrait parler des réformes multiples qui s’enchaînent sans qu’est pu être fait le bilan de la réforme précédente. Les personnels sont perdus dans ce tourbillon de suractivité et ne savent plus où se situer. Quel est le but de notre profession, son essence. Nous sommes de plus en plus nombreux à nous poser ces questions. En juin, nous avons été nombreux à être convoqués pour faire passer les examens terminaux (baccalauréat et brevet). Il a fallu bien sûr affronter la chaleur caniculaire qui a régné sur notre académie (article à l’intérieur) mais ce n’était que le début. Quand il s’agit de procéder à la demande de remboursement de frais, une longue épreuve débute. Outre le fait que le SNCL s’interroge : pourquoi les personnels doivent-ils avancer de leur poche les dépenses de logement et de repas ; il faut ensuite attendre plusieurs mois avant que ces frais ne soient pris en compte. Le formulaire est souvent rejeté pour une erreur de virgule ou de destinataire erroné. Les demandes sont bien souvent rectifiées – à notre désavantage. On ne va pas prendre en compte les kilomètres effectués en passant par la route car, par exemple, le trajet par autoroute est plus court. Mais le rectorat ne rembourse pas les frais d’autoroute. Kafka est parmi nous.
Nous avons tous constaté la période de chaleur intense qui s’est abattue sur la France en général et notre académie en particulier. Qu’ont fait nos autorités pour protéger élèves et enseignants ? Rien. Ou si peu. Refus de fermer les écoles devenus fournaises et quand cela a été -rarement- le cas, les enseignants se devaient d’accueillir les élèves présents. La canicule n’a pas d’effet sur le corps enseignant, c’est bien connu. Et que dire de ces épreuves du baccalauréat passées dans la 2è partie de juin en pleine chaleur. L’après-midi ! Pourquoi ne pas programmer les épreuves le matin ? Le SNCL fera remonter ces questions qui semblent de bon sens mais restent jusqu’ici lettre morte. Et dans le même temps, Emmanuel Macron déclare qu’il va falloir réduire la durée des vacances d’été, caressant ainsi dans le sens du poil un électorat anti-fonctionnaire en général et anti-enseignant en particulier. Question numéro 1 : que vient faire le président de la République là-dedans ? N’avons-nous pas de ministre de l’Éducation Nationale ? Pour affirmer son point de vue, le président déclare que la France a les vacances d’été les plus longues. Ceci est un mensonge éhonté. Et il est dommage qu’un président ait recours à de telles manipulations. Avec 54 jours de vacances en juillet et août, la France ne se situe qu’au 27e rang des pays européens en matière de pause estivale (cf lemonde.fr, 29 août 2023) S’il y a bien 6 semaines de coupure d’été en Allemagne et aux Pays-Bas, cette coupure est de 10 à 12 semaines en Espagne ou au Portugal, 11 à 13 semaines en Italie (selon les régions), 12 semaines en Grèce, 11 semaines en Bulgarie ou en Roumanie, 9 semaines en République Tchèque, Suède, Finlande, Slovaquie ou Autriche, 10 semaines en Pologne ou en Hongrie. Bref, il ne faut pas avoir les yeux en face des trous pour dire que c’est en France que la coupure estivale est la plus longue. Au SNCL, on se documente. Et ne me dites pas que c’est une question de température. La Suède et la Finlande ont plus de congé que la France. Raccourcir les vacances d’été, cela veut surtout dire travailler en salle de classe jusqu’au 15 juillet ou recommencer à compter du 15 août. Quand on voit la vague de chaleur qui nous a touchés dans la deuxième partie de juin, ce type de décision, c’est faire bien peu de cas des élèves, mais aussi des enseignants qui eux sont tenus d’être présents jusqu’au dernier jour, au contraire de nos élèves qui prennent beaucoup plus de liberté sur ce sujet. Mais c’est encore autre chose.
Vous souhaitez décompresser au regard de vos conditions de travail et face aux multiples pressions que vous ressentez ? Ne pensez pas aller vous en griller une en sortant de l’établissement durant une courte pause. C’est interdit depuis le 1er juillet (voir article à l’intérieur).
Si on rajoute les coups de couteau, les salaires, les conditions de travail, la baisse des indemnités de congé de maladie -sujets déjà traités dans d’autres articles du SNCL- il ne faut pas s’étonner du peu d’attractivité de nos métiers et du manque cruel de candidats pour venir se consacrer à l’enseignement.
Morosité, je vous dis.
Jordi Carbonell

